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ENFIN LE BLOG TRAIL D'ALBAN !

ENFIN LE BLOG TRAIL D'ALBAN !

GRAND RAID de la REUNION 2005

Enfin Le Blog Trail d'Alban —

L'ENFER AU PARADIS !!

 

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                                                              140 km - 8159m D+

                                         2091 fous au départ, 1396 fous à l’arrivée…

 

Mon entrée dans l'ultra...

Cette course, je l’ai abordée de la façon la plus simple possible, avec moins de complications et de doutes que j’aurai pu le croire au vues de ce qui m’attendait et de ce que l’on m’en avait dit. En effet, le mythe d’une telle course avec ses abandons en nombre, ses difficultés à venir, cette mise en danger morale et physique face à l’échec, ne m’ont pas déstabilisés. C’est peut-être dû au fait que je connaissais la Réunion, son terrain de jeu, ses montées et ses descentes vertigineuses, son climat si changeant, mais aussi cet accueil d’une gentillesse sans borne qui pousse tout un chacun à vivre sa traversée jusqu’au bout simplement pour remercier tous les gens qui seront à vos côtés durant tant de temps.

 

Vendredi 21 Octobre 2005 au matin (mais vraiment au petit matin) à 2h00 heure locale sera donné le départ de la plus formidable aventure à laquelle il m’a déjà été donné de participer : La traversée de l’île de la Réunion en diagonale…  Cette course, le Grand Raid de la Réunion est aussi appelée la Diagonale des fous….  Si aujourd’hui être pour la première fois au départ de cette épreuve est pour moi une réalité, ARRIVER reste un objectif qui m’aura tenaillé chaque jour depuis mon inscription au mois de mars…  Cette fois, les dès sont jetés !

Si je ne parle pas d’objectif de performance, c’est bien parce que ARRIVER demeure le seul objectif… C'est ma 2è participation à un trail de ma vie ! Avouez qu'il faut être fada pour s'inscrire à 26 ans sans vraiment d'expérience ni entrainements sérieux à l'une des courses les plus difficile qui puisse se faire sur le globe ! 

Justement: je me dis que sans entrainement c'est l'occasion de découvrir mes limites, physique et mentale. Je me refuse tout droit à l'abandon.

 

Le Départ

C’est au son des tambours et de danses locales, dans un vacarme effroyable que la ligne de départ explose sous la pression de 2000 fous qui veulent maintenant en découdre avec le Volcan… et avec eux même…

 

 

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La route est assez large, ce qui permet à beaucoup de doubler en courant comme au départ d’un semi-marathon, de faire jouer les coudes et l’esprit de compétition, attitude qui ne durera que peu de temps avec ce qui va suivre.

 

Les premiers kilomètres vont se faire au rythme marche course pour ne pas s’épuiser sur des routes qui vont traverser les champs de canne à sucre puis la forêt pour nous amener au ravitaillement qui se trouve au pied du sentier Tremblet. Pause assez frugale, car composée de sucre dissout dans l’eau sur les tables et de jolies bananes vertes dont je vais manger un spécimen un peu vert…

 

Le début des choses sérieuses s’ouvre à nos yeux. Une superbe ascension avec ses 25 km de pente à 17% de moyenne ... histoire de chauffer les muscles, avec de la boue et des rochers glissants après le passage d’au moins un millier de personnes. Cette portion sera le théâtre de deux embouteillages qui vont durer dix et quinze minutes quasiment à l’arrêt complet en attendant que des gens un peu présomptueux de leurs capacités à monter, passent les deux petits raidillons à franchir avec les mains. Cette montée se déroule dans la bonne humeur, les blagues et l’envie de voir le jour se lever pour admirer le paysage que l’on devine au dessus des arbres. L’aube commence à apparaître et l’émerveillement aussi face au spectacle du chemin parcouru nous offrant une vue sur la côte sud de l’île.

 

Le chemin commence à changer car on se met à cheminer doucement sur de la lave séchée, courir est impossible pour moi sur un terrain pareil.   

L'arrivée au volcan du Piton de la Fournaise 2400m d'altitude plus haut fut le premier soulagement : il ne restait plus que ...100 km ! En tous cas, le spectacle lunaire est somptueux.

 

 

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Au rythme où le jour le lève et que la végétation se raréfie, les lampes frontales du début de la course s'éteingnent. La pente se fait moins dure et nous mène vers le bord de la crête de l’Enclos (qui garde bien le volcan), nous offrant une vue renversante sur le piton de la fournaise complètement dégagé.

 

 

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A Foc Foc, un premier ravitaillement permet d’étancher soif et faim en attendant le ravitaillement plus copieux de la route du Volcan: sandwich au pâté, soupe aux vermicelles !

 

 

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   image fantasmagorique dans cet univers si immobile, éternel qui reste gravée sur ma rétine. 

 

 

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Cette nouvelle portion est superbe car on traverse un désert de scories et de sable en se dirigeant vers une falaise de 300 mètres à grimper. C’est un paysage lunaire, ou de films de science fiction qui vous transporte et vous fait oublier toute notion de temps et d’espace. Une bien belle parenthèse de course à profiter encore et encore de ce qui m’entoure.

 

 

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Une fois monté l’Oratoire Sainte Thérèse, point culminant de la course, nous allons redescendre doucement vers Piton Textor dans des sentiers de rocaille, de poussière et de végétation rasante pendant quelques kilomètres avant d’arriver en Suisse, ou tout du moins ce qui y ressemble. Car la descente vers Mare à Boue se déroule sur des chemins au milieu des vaches, de petites clôtures en barbelé avec des échelles en forme de pont nous permettant de les enjamber, de superbes champs d’arômes et de plantations de souches mortes…

C’est du moins ce qu’il me semble en voyant de portions entières de prés avec uniquement des souches desséchées. Je vais vraiment me faire plaisir dans cette portion de terre rouge et d’herbe, ce qui va me permettre de courir d’un bout à l’autre de cette partie jusqu’à la route de liaison avec le campement. 

 

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Enfin une pause complète devant une tente de l’armée où l’on peut trouver du poulet grillé, des pâtes, et autres délices de coureurs, sans oublier les toilettes salvateurs dont la présence est très rare. Le moral va bien mais je me suis beaucoup refroidit et la reprise sera lente et laborieuse. Le manque de sommeil se fait peut-être aussi sentir alors qu’il est plus de midi et que cela fait maintenant près de vingt heures sans repos.

Le tronçon qui vient sera pour moi l’un des plus dur à passer car je me suis senti à bout de force et de courage face à ces sentiers inondés de boue qui pour seuls appuis offrent des rondins glissants et peu stables. Et pourtant, tel que je l’ai ressenti ce n’est que le début, car il s’agit de la montée du coteau Maigre située juste avant une rude descente vers le pied de coteau Kerveguen. En tout il me faudra monter près de 1000m cumulés en plus de la descente qui les séparent.

 

Une fois le sommet atteint après de gros efforts je m’autorise une pause d’une vingtaine de minutes avant d’amorcer la descente vertigineuse du coteau Kerveguen vers Cilaos. Seulement 3km mais 800m de descente dans des lacets glissants, secondés par neuf échelles métalliques rendues elles aussi périlleuses à cause de l’humidité et du brouillard qui va nous entourer jusqu’à Mare à Joseph. Puis de là, il faut encore descendre dans une petite ravine d’une centaine de mètres avant de remonter vers le stade. 

Arrivé au stade, je pensais y voir une activité débordante, une foule de gens, alors que je suis arrivé de nuit et très peu de monde autour de la piste. Le réconfort de voir des proches fût très important à ce moment là. Je passe voir les kinés bénévoles dont une amie qui me dégote un lit de camp et une couverture: c'est parti pour une micro sieste de ... 2h !  La décision de faire un gros arrêt à Cilaos avait été prise bien avant la course et ce choix fût le bon me permettant de manger un repas copieux. 

3 heures d'arrêt puis il fallut que je me décidât quand même à repartir, se faire véritablement violence pour relancer la machine et attaquer le Col du Taïbit, cap psychologique à passer (et lieu de moultes abandons) qui permet ensuite de plonger dans le Cirque de Mafate où le Col des Bœufs (porte bien son nom!) nous attends.

17 km sans aucun point de ravitaillement ni signe de civilisation. Je connaissais désormais l'enfer !!! 

Je suis reparti en compagnie d'un groupe de 6 hommes: nous entamons une descente vers la cascade de Bras Rouge, sur un sentier qu’il vaut mieux emprunter de nuit pour ne pas voir le trou qui borde le chemin. Arrivés au fond de cette ravine nous voilà au pied de la grosse ascension du parcours, soit près de 1300m dénivelé en 6 km. Cette montée restera gravée dans ma mémoire, non pas pour la beauté des paysages car elle sera faite de nuit mais par la chaleur humaine et cette sensation de communion entre les gens au cœur de la nuit malgré la fatigue et la dureté du moment. En effet, dès le début nous avons commencé à voir le point de ravitaillement, seule lumière dans la nuit et puis au fur et à mesure s’est fait entendre le bruit ou plutôt la mélodie d’un saxophone dans la montagne. Avant de le rejoindre nous avons profité de l’ambiance conviviale du point de contrôle situé au pied du col du Taïbit, de la soupe aux vermicelles, du café et du chocolat. Puis nous avons repris notre ascension avec comme point de mire le joueur-enchanteur au saxophone, l’homme qui nous a rendu cette nuit magique, l’homme de l’association des trois Salazes qui nous recevra avec une infusion, de la bonne humeur et un sourire réconfortant. La fin de cette montée m’aura paru relativement rapide et gérée d’excellente manière par notre groupe. Quatre heures du matin, dans le noir et la course qui bascule vers le très gros morceau de la course, le cirque de Mafate à traverser dans la largeur au début puis dans sa longueur pour bénéficier de toute son ampleur et de toute sa beauté. Au point du jour nous arrivons au village de Marla, qui brillera par son froid du jour naissant et par le nombre de personnes qui ont dormi là et ne peuvent se réchauffer tellement la température est basse.

 

 

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La portion entre la Nouvelle et MArla puis Marla et Trois Roche est passée vite, bien occupée entre les discutions, les photos à prendre et les paysages de plus en plus beau.

 

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S’en est suivi une pause d’un quart d’heure au bord de la Rivière des Galets, le temps de se ressourcer et de faire le plein d’eau pour la liaison jusqu’à Roche Plate. Cette partie là mérite vraiment une attention particulière car elle est faite de montées et de descentes successives au pied de la barre rocheuse du Maïdo, en plein soleil pour nous avec une température qui va monter jusqu’à 38°C.

Je me retrouve à progresser lors de la dernière demi-heure dans un état de fatigue profond qui m’a fait tituber lors du final. L’engourdissement, la soif et la chaleur auront eu raison de mon bon moral et j’ai dû me traîner jusqu’au ravitaillement. Je fais une micro sieste, soit environ 10 minutes avant de repartir.

 

 

 

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Mieux qu’en arrivant, je repars, la poche à eau pleine, le moral un peu mieux, mais avec un début de double tendinites aux tendons rotuliens suite à la portion précédente toute en montagnes russes. Un nuage salvateur va jouer avec le soleil et me laisser le temps de passer le col de la Brèche, avec une vue magnifique sur une autre partie du cirque de Mafate, le temps de rejoindre l’Ilet des Orangers. 

 

 

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Il faut maintenant rejoindre Deux Bras par le sentier des passerelles nous permettant de traverser la rivière des galets. Des passerelles vertigineuses, au travers desquelles ont pouvait voir le gouffre qui nous séparait du sol avant de remonter puis de redescendre de nouveau avant d’en atteindre une autre sur un sentier qui m’a semblé long, très long probablement à cause de cette fatigue sourde qui m’engourdissait de plus en plus, de ce manque de sommeil qui pousse à fermer les yeux en marchant, à ne penser qu’à un lit et un vrai repos. Malgré cela je suis parvenu au ravitaillement de la passerelle d’Oussy, afin de pouvoir me poser de nouveau un petit quart d’heure.

 

 

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Les genoux vont un peu mieux, je pense en fait que j'avais trop serrer les chaussures. A Deux Bras, je me couche à nouveau 15 minutes dans un profond sommeil. 

 

 

 

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A présent, devant nous, la difficulté majeure de l'épreuve après 95 km (sympa les organisateurs !) : la Roche Ecrite soit une pente de 3 km à 32% de moyenne !! Un mur. Dur, dur ! Au sommet (2050m), plus rien ne pouvait théoriquement arriver puisqu'il n'y avait plus qu'à descendre sur St-Denis pendant 25 km... 

mais c’est pour moi une autre course qui va commencer, voire un autre combat, celui contre moi-même livré à moi seul. La montée vers la crête de piton Fougère puis le piton Batard va être un calvaire, tant mon état de fatigue va me faire tituber, me faire douter de moi, des raisons qui m’ont emmener là et qui vont me mener au bout. Enfin un moment très dur de lassitude et de rage après ce qui m’entoure, ce sentiment d’être si petit et de subir pour la première fois depuis le début, ce superbe mais ô combien difficile, parcours du grand raid.

J’ai trouvé le soutient moral chez un autre coureur qui va me porter à bout de bras jusqu’au ravitaillement de Colorado, le temps que je me ressource et que je reprenne des forces pour aborder la descente finale vers le stade de la Redoute où m’attendent Jess, Marie et Julien. 

Cette dernière descente sera longue car périlleuse et si proche du but que l’on voudrais la voir finir vite tout en regrettant d’en avoir fini et de savoir qu’il faudra se tourner vers d’autres horizons et d’autres objectifs.

Une fois passé sous le pont, en point de mire Jess, le cœur est revenu, même si je ne le montre pas extérieurement, et c'est bien involontaire de ma part, et enfin j’ai le bonheur de faire les derniers mètres... ça y est ! Je reçois ce fameux t-shirt jaune "j'ai survécu" !!

 

 

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Je tiens à remercier de tout mon coeur Jess, celles et ceux qui m’ont soutenus durant tout ce temps, les bénévoles qui n’ont pas dormis non plus, et tout ceux qui m’ont supportés avant et après cette magnifique épreuve et enfin mon équipier de course sur ce final auquel je dédie.

 

 

La ligne d'arrivée, c'est simplement ...le BONHEUR mélangé à de la fierté
et la sensation d'avoir vécu quelque chose de fort et de mentalement trés
éprouvant. 
Si le physique fut sollicité pendant 52h00, le mental fut primordial et
fondamental.
Une épreuve dont je me souviendrait pendant longtemps : Le Grand Raid est une course très difficile. Le mot qui résumerait le mieux cette épreuve est interminable. La sensation de ne jamais en finir de ces montagnes russes.

Je ne sais pas si je retrouverais de tels sensations un jour. Chaque course ayant sa propre vérité. 

Mais j’ai acquis la certitude que beaucoup d’épreuves me sont sportivement accessibles. C’est une limite que je m’étais fixé. Ne pas outrepasser ses propres limites. Garder son intégrité physique et rester malgré tout sur une notion de plaisir. 

Un Marathon Des Sables me fait saliver.  

Pourquoi pas l’Ultra Trail du Mont Blanc en 20?? 

La suite passera sans doute par le 100 km. Vivre un 24h me tente beaucoup. 

L’histoire est loin d’être terminée…

 

 

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laurent 15/01/2013 18:56

merci pour ton recit que j'ai decouvert par hasard. tes photos sont splendides!!!!!!
bravo pour ta course. je l'ai faite en 2007, et je crois que nous avons des "souvenirs" en commun.

Enfin Le Blog Trail d'Alban 15/01/2013 19:03



merci Laurent, ça fait un bail maintenant mais beaucoup de souvenirs restent effectivement intacts. Je pense la refaire cette année ou la prochaine, si Chicaud redevient raisonnable entre temps!