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ENFIN LE BLOG TRAIL D'ALBAN !

ENFIN LE BLOG TRAIL D'ALBAN !

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LA CREMAILLERE A LUCHON

Enfin Le Blog Trail d'Alban —

 

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Luchon, Pyrénées.

Je m'aligne sur une épreuve originale : La Crémaillère, course qui bénéficie du Label FFA, comptant pour la Coupe de France de montagne.

Le parcours de cet original tracé est magnifique.

 

ECHAUFFEMENT

8 h 45 : dans le parc des Quinconces, la chaleur n'a pas encore fait son apparition et j'apprécie l'ombre fraîche des marronniers et des tilleuls.

Je pars repérer le sentier que nous allons emprunter tout à l'heure. C'est vraiment raide! Je me rassure : sur une compétition telle que celle-là, seuls les meilleurs courent.

Vivement qu'on parte, car vivement qu'on arrive !

 

LE DEPART !

9 h 30 : nous sommes 211 à s'élancer au coup de révolver devant le restaurant "Les délices d'Etigny". Les premiers partent pied au plancher ! quant à moi j'ai un peu étudié le tracé avant de courir bille en tête, et je sais que jusqu'au 1er ravitaillement il ne faut pas s'enflammer sous peine d'être vite ramené à la raison par une dénivellation impitoyable... 

Qu'annonce le dépliant de l'épreuve concoctée par Maurice Sanson?

Départ de Luchon, 630 m, arrivée à Superbagnères à 1800 m, soit 1170 m de dénivelé pour...5,3 km par l'ancienne voie du petit train à crémaillère qui permettait aux curistes de monter à la station de 1912 à 1966. La pente moyenne sera donc de 21% avec des passages à 28 %... Ca laisse rêveur... Moi, rien qu'à lire ça, je cauchemarde.

 

 

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traceduparcourspoursupe.jpeg Le tracé de l'ancien chemin de la Crémaillère, de Luchon à Superbagnères

 

 

UN PARCOURS QUI EN DIT LONG !

Je reproduis ici le texte écrit à propos de l'histoire de ce tracé historique.


"Cette course est un pèlerinage pour certains vétérans du peloton qui connurent le petit train de Superbagnères, qui a assuré la liaison Luchon-Superbagnères, soit 5,6 km à la vitesse honorable de 8 km/h. En 45 minutes les curistes, touristes et Luchonnais se retrouvaient sur le plateau en plein hiver à 1800 m d'altitude pour skier. Super est une des plus anciennes stations de ski et pouvait rivaliser avec celles des Alpes : pistes de bobsleigh, patinoires; les premières remontées mécaniques datent des années 1928-1929. L'été, pour les randonneurs, c'est le point de départ de nombreuses excursions. Y en a-t-il des témoins de ce passé, parmi ces vétérans qui ont voyagé dans ces voitures lorsqu'ils étaient enfants? En courant ici aujourd'hui, sont-ils bercés par le lancinant tac tac tac de la crémaillère?

Dans l'évitement de la Soulane entendent-ils encore les cris et les gémissements des 30 blessés de la voiture N°4 ? Ce terrible accident du 28 février 1954 laissa 9 personnes au fond du ravin qui ne se relèveront plus. En 1960 une route fut tracée dans la montagne qui signa l'arrêt de mort du petit train. Il n'est pas un Luchonnais qui n'en ait gardé la nostalgie, comme un petit coin d'enfance au fond de sa mémoire." 

 

 

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EN BONNE VOIE 

De ce magnifique parcours, je ne vais pas perdre un mètre. Je vais ouvrir les yeux pour en profiter un maximum.

Après donc un départ prudent, j'aborde la montée avec fatalité…Les 100 m de la partie plate sont derrière ; un virage à gauche, et la pente est là ! Le sentier est une large piste forestière. Du coup, nous serons à l'abri du soleil pendant un bon moment. C'est déjà ça. Je cours pendant 1'22 !

Maintenant la pente est beaucoup trop forte. Plus un mot dans les rangs. Les coureurs autour de moi se sont transformés en marcheurs. On n'entend sous les arbres que des bruits de soufflerie. Les locomotives fantômes du petit train.

A la faveur des légers faux-plat, c'est à dire que la pente n'est plus qu'à 15%, je relance quelques foulées. 

 

- "Bon, tu la vois cette pancarte qui annonce le dénivelé ? Tu cours jusque là."

- "Trop loin, je ne vais jamais y arriver !"

- "Essaye, tu peux le faire. Tu peux. Au plus tu marches, au plus tu te persuades que tu ne peux pas courir. Allez !"

Je m'y met, comme un train au démarrage et qui doit emmener de nombreux wagons. Je cours, oui, ça y est, je cours! Je dépasse à présent un petit groupe.

Ils me regardent, incrédules, les passer les uns après les autres. Un athlète du Stade Toulousain emboite ma foulée que je voudrais légère. Je cherche dans le paysage un dérivatif à mon effort. La pancarte se rapproche, j'en peux plus. 20 mètres, 18, 15, 10, stop, je n'irai pas plus loin en courant.

La 5è féminine me double : - "Raaah!!! Je m'accroche bec et ongles à son dos. Non, je te laisserai pas partir.

 

- "Bon, qu'est-ce que tu attends pour la doubler ? Hein, qu'elle s'arrête et te dise : "Je vous en prie, passez ?"

 

Je fais l'effort, là, sur ce léger faux-plat qui mène au 2è ravitaillement. Je prends un gobelet et m'en verse la moitié dans le gosier, et l'autre sur la tête et repars le plus vite possible pour éviter à cette fille de s'accrocher à moi. Psychologiquement, je marque un point! Une fois devant, j'ai le feu, je ne veux pas qu'elle me redouble, j'en remets donc une autre couche, je serre les dents, mais pas trop longtemps, car c'est plus dur pour respirer 

Je poursuis mon effort sans me retourner, le buste penché en avant, les mains sur les cuisses, j'essaye d'appuyer sur mes cuisses de toutes mes forces pour faire piston.

 

La pente est si raide par endroit que j'aperçois des fourmis à l'ouvrage...

Le bon côté des choses, c'est que, vu ma vitesse de déplacement, j'ai le temps de profiter du paysage:  magnifiques panoramas sur Luchon et sa vallée, ancienne station de Mi Sahage, à mi-parcours, reconnaissable à ses quelques ruines sur la droite du chemin.

Je regarde ma montre, les minutes défilent…. 

 

AU COURAGE...

Peu après, la piste traverse un ravin que nous franchissons grâce à l'historique viaduc en pierres du Mailh Tronquet (1298 m). Sa longueur est de 88 m, sa hauteur de 20 m. Sa largeur : 2,40 m. La traversée est impressionnante. Superbe passage!

Je regarde ma montre, j'suis plutôt dans l'coup,  je risque de faire mieux qu'au Belmaig! Je bois un ultime gobelet d'eau et poursuis mon chemin vers le sommet. Nous sommes sortis de la forêt, la déclivité est à son maximum. 800 m à 28%...

-" J'en peux plus, si je m'écoutais, je me coucherais par terre." - "Allez, encore un effort ! Regarde, on aperçoit Superbagnères. Tu y es presque !"

 Tu parles, aujourd'hui je sais quelle surprise nous ont réservée les organisateurs : une belle pente herbeuse à souhait de 350 m et oui, nous devons remonter une piste de ski à près de 30%...

 

 

L'ARRIVEE : LA DELIVRANCE...

Le public nous encourage "Bravo, Allez " ! Soudain, j'aperçois un photographe à genoux, Je sais qu'il va faire des clichés de moi en plein effort. Je voudrais avoir l'air facile, la foulée aérienne, mais il n'en sera rien. C'est un visage défait par la souffrance de l'effort, et le corps plié en deux qu'il m'immortalisera à l'insu de mon plein gré!

 

 

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Je franchis la ligne sur le parvis de l'Aneto après 1h 05'21 (80è)

 

 

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Le chrono est très honorable, je ne pouvais pas faire mieux! Par rapport au Kilomètre Vertical de Belmaig je suis plus fort, même si ici il est vrai que le terrain n'est pas aussi technique  mais le dénivelé est supérieur de 200m! 

Splendide panorama sur la chaîne des Pyrénées avec les 3000 des Crabioules et le massif espagnol de la Maladetta en fond.

 

Un ravitaillement conséquent nous attend (gâteaux, fruits secs, fruits frais, pain d'épices, sandwiches au fromage…). Je n'ai pas très faim et ne fais guère honneur à ce buffet... La descente se fait grâce au funiculaire qui plonge dans la vallée et ramène en 8 minutes en plein centre ville. 

 

Il faut remercier chaleureusement l'équipe d'organisation de cette superbe course, et tout particulièrement Maurice Sanson qui en est la cheville ouvrière ainsi que l'âme. Grâce à son travail, à sa ténacité, il fait revivre, à sa façon, tous les ans son petit train à Crémaillère, si cher à son coeur et permet à des centaines de coureurs venus de toute la France de découvrir ce parcours historique. Et moi, grâce à lui, sur cette course difficile, je joue avec mes limites; et cet effort, j'en suis sûr, me rend meilleur...

 

11h30, je change de t-shirt, range ma médaille et pars rejoindre les zozos dans la vallée d'à côté (Val Louron par le col d'Arreau), pour une cession parapente avec l'homme qui finit de m'achever définitivement avec des 360 à la pelle en veux-tu en voilà au-dessus du lac de Loudenvielle... Merci Pilou. Si je pouvais monter aussi vite en dénivelé que toi dans le thermique de ce matin, je serai le king du skyrunning... 

 

 

 

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