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ENFIN LE BLOG TRAIL D'ALBAN !

ENFIN LE BLOG TRAIL D'ALBAN !

3 ET 4 JUILLET 2010 : LA MONTAGN'HARD !!!

Enfin Le Blog Trail d'Alban —

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Montagnhard 2010

 

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Cette course je la redoutais. Autant que La Diagonale des Fous en 2005 à La Réunion. Un peu plus même, et ceux malgré l'entrainement acquis depuis. 

180 inscrits, 134 partants, 47 arrivants, j'arriverai 42è...

Voilà pour les chiffres. Ah si encore: la Montagn'Hard c'est: 120km et 10000m D+.

 

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C'est la 2è édition cette année et la tradition sera respectée: incroyable enchainement de dénivelé, chaleur et orages. Avec une montée dantesque au Mont Joly sous les éclairs. Et une descente avec 20cm de boue sous les semelles. 

Cette 42è place, elle s'est faite au mental uniquement, car j'ai été à la ramasse dès Notre Dâme de La Gorge et seul, du Signal en pleine nuit, jusqu'au lever du soleil à la fin.

Mes cuisses en ont gardé des traces, des micro-déchirures à foison, j'ai mis plus de 3h dans la dernière descente, ce qui m'a valu un petit article dans Endurance Mag' de Juillet...

 

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Et pourtant … je me souviens aussi des paysages magnifiques, de ces enchainements de cols étourdissants, et de mon bonheur d’avoir surmonté les douleurs et la lassitude, ce qui en durcira le cuir de mon état-d’âme pour les années à venir.

 

Retour sur cet ultra-trail hors norme

Je suis bizarrement serein au départ à 2h30 du matin à St Nicolas de Véroce. Je veux partir à mon allure, marcher dés la première montée, ne pas subir le groupe. Je veux juste finir, et si possible en pas trop mauvais état, comme à La Réunion.

Comme prévu, à 3h05,  ça part à toute allure, faut dire que le 56km est dans le même groupe et complète d’environ une cinquantaine de coureurs ceux du 120 km. Et comme convenu, première montée (400D+) je marche. Mais en fait ceux qui courent ne me décrochent pas ! Rapidement le peloton s’étiole.

 

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Je suis avec 2 autres coureurs dans la montée de Bionnay (830D+), la descente est tranquille et régulière jusqu’au premier ravitaillement des Toiles. Le ravito ne dure que 5 minutes, avec en prime un magnifique arc-en-ciel.

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Dans la montée au Prarion (880D+) je rejoins un gars, qui n’a pas l’air à son aise sur ces grosses montées. Le temps d’échanger quelques mots, nous faisons connaissance et il me dit qu'il compte faire le Grand Raid des Pyrénées fin août, je lui dis qu'il va se régaler et lui raconte un peu mon expérience..

 

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    Le Mont Blanc en toile de fond


On annonce chaleur et orage, et je ne suis pas sur d’être en état de forme de finir. Alors peu importe le score intermédiaire, seul importe de terminer, et cela ne fait que 3h50 de course. Ce que je perds en agréable conversation je le gagne en durabilité.

 

 

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      passerelle enjambant le glacier de Bionassay

 

Sur le final du Col du Tricot (920D+), j'admire la vue splendide

 

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La descente vers Miage me permet de dérouiller les gambettes. Je suis content je suis bien, je relance sur tout les plats montants, environ 700D+/h en montée, et une descente efficace mais moyennement engagée.

 


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Sur la Combe d’Armancette, je m'asperge d’eau froide à la fontaine, pour le plus grand bonheur des randonneurs présents. C’est que la canicule annoncée pointe le bout de son nez!  Je rame un peu dans la montée à cause de la chaleur, des coureurs me dépassent et s'enquièrent de ma santé: "ça va, juste plus lent que vous!"

J’aime vraiment cette descente sur les Contamines, technique et souple, suffisamment de pourcentage pour se faire plaisir sans être cassante. Et le tout à couvert.

 

 

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Aux Contamines, la relance commence à être plus difficile. La bière du bagnard me requinque mais je n'arrive pas à manger. Et c’est surtout la soupe salée du magicien de la nutrition Anthony Berthou qui va faire des merveilles (Effinov Nutrition). Je découvre ses produits et il me fait un cours accéléré sur la nutrition sportive! J’en rempli une pleine gourde. Je repars plus facile en courant le long du Bonnant, une rivière bien rafraichissante.

 Mais la course ne fait que commencer. J’attaque le monstre Mont Joly avec ses 1460D+ de montée, et son grand toboggan de 1.000 D-, les deux étant chronométrés avec classement. 

 

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Mais dès le début de l’ascension la chaleur est étouffante. 35°C sec et brulant. Même en sous-bois c’est compliqué. Alors je ralentis l’allure, je gère mon eau (il y en a aux chalets vers alt 1.800) et surtout je prends régulièrement une lampée de l’excellente soupe salée. Elle est juste parfaite, car sous ce type de chaleur il est difficile de déglutir et donc d’assimiler du salé solide, et boire sans sel revient à aller dans le mur autant que de ne pas boire assez. 2 coureurs me dépassent, ils ont l’air de ne pas sentir la chaleur. Tant mieux pour eux.  

Nous ne sommes parti que depuis 13h, et selon moi, il reste encore plus de 17h à gérer. Alors zen.  

C'est alors qu'arrive ce que la météo avait prévu qu'il arrivât : l'orage nous tombe dessus, juste avant la crète finale! Moins de 2s entre l'éclair et le coup de tonnerre 

La course est neutralisée.

 

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Je parcours les quelques mètres pour rejoindre une cabane un peu plus haut. Entassés à 15 dans cette cabane fermée, je commence à patienter en grelottant car il fait froid à cette altitude et avec le vent... 45min d'attente... puis 1h... je baille, signe caractéristique que je suis prôche de l'hypoglycémie. Je mange un peu, j'ai envie de dormir. Je suis exténué. On est rejoint bientôt par d'autres concurents. Le gardien du refuge et sa femme arrive alors et nous propose à tous du café et du fromage maison!! Le moral revient. Grand moment de convivialité! 

Enfin après 1h30 d'attente au total, Olivier nous annonce par téléphone la fin de l'orage. Sans me poser de question, je repars à fond la caisse pour me réchauffer. Je ne m'arrête plus jusqu'à la bascule. 

La descente jusqu'à l'Etape est devenue glissante après la pluie mais je gère. Je commence à me préparer psychologiquement pour la nuit qui arrive. 

 

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Les Tappes est une sorte de base vie avec sac de change possible. J'enfile un t-shirt et change de chaussures car les Salomon n'accrochent pas assez à mon goût et je suis bien content d'avoir prévu le coup en pensant à amener mes Brooks fétiches.

 La prochaine étape est le col de la Fenêtre mais je commence à ressentir assez durement les conséquences du coup de chaud et froid du Mont Joly quelques heures auparavant. L’allure de montée n’est plus que de 400D+/h. Et ce qui devait arriver arriva. Au démarrage de la montée vers le Col de la Fenêtre (1.100D+), je n’y arrive plus. Les forces me lâchent, vidé, plus envie de manger ni de boire, je fonce droit vers une hypo. Je pense à abandonner.

Seule solution que je connaisse : le repos. Je me pose sur le bord du chemin, et je dors. Le temps qu’il faudra. En fait 20 minutes. Je sens des randonneurs passer. Aucun ne viendra trouble mon repos. Je repars doucement. C'est très dur. Un coureur anglais me rattrape et je le suis tant bien que mal, il s'appelle Andrew et je lui doit une fière chandelle car il me propose de le suivre jusqu'au Signal, lui passant en éclaireur, il me redonne confiance. On passe le col ensemble. La descente est un peu engagée pour un passage de nuit et avec la fatigue, il faut rester prudent.

Au Signal je suis trop tenté par les lits qui sont proposés, je sais que je ne devrais pas, que si je me pose maintenant je vais devoir basculer sur le 90 à cause des barrières horaires. Mais la fatigue est trop forte. J'en peux plus tout simplement. Voir tous ces coureurs se reposer... je craque et j'opte pour un compromis et je met le réveil, en me jurant de m'y tenir. Je m'endors comme un nouveau-né... et me réveille 1h30 après... mon corps s'est refroidit, je vous raconte pas la mise en route pour repartir...

Je demande alors dans l'assistance si quelqu'un est motivé pour reprendre la route... personne...une foultitude d'abandon... je comprends qu'il ne faut pas rester là et je repars seul, au mental, j'allume la frontale, je sors dans le froid, la fatigue, les douleurs. 

Direction l'Aiguille Croche.

C'est long et très humide, je peste contre Olivier. L'approche en hors piste est éprouvante, j'avale la dernière partie plus raide en mode randonneur 400m/h et bascule sur le 90 avec 2 autres coureurs qui étaient allongés dans l'herbe et viennent de se réveiller d'une micro-sieste. 

 

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Ca fait longtemps que l’estomac commence à ne plus trop vouloir que je l’alimente ou l’hydrate. Il va falloir tenir. Jouer avec la tolérance de ce corps. Le tromper mais aussi l’écouter.

La suite et fin vous la connaissez, une dernière descente qui restera dans mes mémoires, et mon père, venu m'accompagner pour ce week-end, qui m'applaudit à l'arrivée. Grand moment! 

 

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"Hallucinante équipée sauvage que fut cette Montagn’Hard, qui ouvre incontestablement une nouvelle page dans la légende de l’ultra-trail. Elle aura en effet conjugué les ingrédients les plus irrationnels. 
Coureurs hagards et éreintés titubant dans leur voyage au bout de la nuit, fournaise mêlée à une myriade d’orages, succession insensée de pentes cauchemardesques. 
Au final, 47 finishers pour 134 partants ! Bien plus dur que l'UTMB sans aucun doute."                                        (Le Dauphiné Libéré)


Et stupéfiant Olivier Tribondeau qui ne se sera jamais départi de sa placidité nonobstant la profusion d’infortunes climatiques émaillant « sa course ». Déterminé à ne faire preuve d’aucune pusillanimité en matière de sécurité, l’unique précurseur de la Montagn’Hard n’aura pas hésité, ne serait-ce d’une once, à enrayer l’épreuve à deux reprises (1 heure puis 20 minutes) quand la foudre électrisa le Mont Joly qui porta si mal son nom en cette circonstance. Résolution qui perturba certes le classement mais qui fut avalisé consensuellement par la communauté des ultra-trailers, hautement conscientisé.


L’odyssée fut à l’avenant de son fabuleux décor qui tel un saisissant kaléidoscope maria taïgas, estives, langues glacières, éperons rocheux, sans parler de ces impétueux torrents; à la mesure aussi de ses dimensions herculéennes.

 

A l’an prochain … avec le retour du bellisimo Lac Jovet!





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